Je suis
Tu es
Vous êtes
Deux et deux sont quatre
Je sais que c'est vrai Tu sais que c'est vrai Vous pensez que c'est vrai
Toutes ces vérités qui courrent nos âmes
Toutes ces raisons
Toutes ces cathédrales de Lumière de Savoir
Elles s'élèvent grains de sable fin
En de souples collines
Que la mer balaira
Et le vent soufflera
Au travers de vitraux
Qui n'ont rien qui les soudent Sublimes amas disparates
J'admire ces édifices qui en nous se bâtissent
Mais qui suis-je ?
Qui es-tu ?
Qui êtes-vous ?
Tous ces trésors célestes
Ne nous soutiennent pas
C'est le vertige qui nous prend
C'est en nous-mêmes que nous sombrons
Vous ne trouverez rien au bas du gouffre intime
Si jamais vous n'avez tourné les yeux du ciel
L'Illusion nous rapelle
Le Savoir est si beau las il n'est pas si vrai
Une composition, et à vraie dire la première que j'aie jamais achevée. C'est le prélude à une suite de pièces pour
piano " De l'Intérieur vers l'Immensité " inspirée par une lecture de Christian Bobin, et l'écoute de l'oeuvre de Messiaen. Il ne faut pas voir là un simulâcre d'immitation, ou du moins ce
n'était pas ma volonté.
Je ne veux pas trop en dire, et peut-être même suis-je déjà allé trop loin pour que l'écoute soit sans a
priori
Comme je t’aime – ô nuit – instant des papillons gris, du calme, et du sommeil, du sommeil pour les Hommes,
sauf pour ceux qui, eux – eux – sentent monter le pouvoir créateur, ce feu qui brûle le cœur jusqu’au bout de leurs doigts et qui vient pousser la plume à glisser dans l’infini précipice de
la page blanche …
Infini précipice … profond … sans fin, au fond …
Que je t’aime – ô ma nuit – tu viens brasser mon corps
Transe
Vient alors l’inspiration
Viens nuit faire se rencontrer mon Eusebius et mon Florestan … partie sans merci… lutte des contraires
…l’hiver contre l’été… le vent contre la mer …
Sont-ce les âmes qui dorment qui nourrissent mes mots?
Les hommes, au fond de leurs lits, comme je les aime!… ils emportent et endorment avec eux violence,
haine, désir et laideur, avarice et inhumanité…pourriture…
Mais aussi ils emportent joies, grâce, et bonheur quoique ce dernier s’éveille, souvent quand les corps
s’évanouissent…
Nuit, tu es l’heure de la créativité
L’heure où le cerveau s’éveille et semble vouloir au mieux dévider son trop-plein de violence, haine, désir
et laideur, avarice et inhumanité…de pourriture… mais aussi de joie, grâce, et bonheur…
Heure où l’encre semble mieux couler sur le papier en de longs fils fins perdus dans l’infini… sans passé
sans présent… et sans futur , peut être …
Il faudrait au poète, au musicien, au sculpteur ou au peintre – à l’artiste – le pouvoir
d’insomnie
Quel funeste gâchis que de dormir cinq heures ou ne seraient-ce quatre … tant de temps à passer à composer
encore, après avoir dépensé – société affamée oblige - toute une longue journée à scruter les passants, les manants, à observer les Hommes …
En attendant
Et enfin !
La nuit pour tous les soigner, les aimer plus ou bien encore mieux : encore moins les comprendre … et
puis y penser et y repenser … toujours
Rameau serait ennuyé de savoir que l’on écoute plus l’hymne qu’il porta à la nuit… Ô belle dame, nue,
couvrant le soleil…son ventre couvert d’étoiles qui pleuvent…et endorment les esprits consolent les enfants qui rêvent à bien d’autres planètes, s’échappent de la Terre… l’espace d’une douce
nuit… bercée par Rameau et son hymne une nuit
Fantastique Fryderyk, nocturne, taciturne, mais loquace au piano… qu’il nous allanguisse de sa berceuse ; par
lui l’infini fut fait en l’espace de son coeur… chantant l’angoisse qui le saisit – lui dans son corps débile et frêle face à l’immensité d’une nuit…
Et toi…
et moi…patientons jusqu’au lever de lune, comme tous ceux-ci, qui ne veulent s’endormir, de peur de laisser
s’échapper une création, de la laisser s’envoler à jamais dans nos songes… quel délice pour l’homme…quel gâchis pour l’Humanité, qui, sommeillant, attend que le poète se mette à parler, que
le musicien joue, que la haine s’endorme, bercée par toutes ces barcarolles et tous ces poèmes qui les fatiguent tous…
…sauf ces noctambules qui angoissent et qui ne dorment plus qu’en rêve…
" Ne vois-tu rien là-bas ?
et cette tâche sombre ?
et l'eau au fond du puits ?
et la boue sous mes pieds ? "
" Ne sois pas si craintif Regarde là - sous nos pieds le myosotis se lève et le ruisseau s'échappe il caresse les pierres "
" Dis moi qui sont ces monstres !
Ceux-ci qui vont venir - mi-vautours mi-vipères
guidés par ton Pierrot qui balade sa lune
sur mes langueurs nocturnes "
" Pose bien calme ta tête Au bord de notre source écoute - lors - la grive, elle qui vient siffler sur l'onde qui scintille - les vagues qui te bercent
" Et alors tu verras s'élevant Forteresses et Montagnes Tu ne trembleras plus à l'idée de nos nuits Les perlent ne glisseront plus sur ton visage d'enfant
" Car tu auras chez toi les images de vautours et les glissements des cruels au sang froid comme des souvenirs d'un passé qui s'enfouit d'un parfum de printemps que la brise nous arrache "
" Ne vois tu rien ici?
Et ce cerf qui te broie de sa gueule de carpe?
Et ces vers qui te rongent ?
Ignobles créatures ! "
" Ce sont tes créatures Elles n'ont d'autre maître que toi qui fais d'elles ces horreurs Elles gâteront ta vie et souilleront tes pas !
" Ce ne sont que des songes Et pierrot s'évapore La lune se balade sur ma main qui te frôle sur ma main qui te calme
"Toi au seuil de ton trépas N'emporte pas là-bas tes Nains et tes Lutins Ni toutes tes chimères - ils viendront !
" Ah! fabuleux poète hier sur le papier aujoud'hui dans ton corps perdu de toi à toi
" Tes Femmes aux yeux de jade et au bec de Hocco tes Rats aus ailes d'Armandie Urolpates et Eunectes qui erraient dans ton lit Criquets et Lophornis que tu as tant aimés
" Ils viendront à nouveau et ceuilleront ta mort Comme ils t'ont pris la vie Comme ils ont bu le fluide de tes jours
" Mais il te restera ton âme de poète Il te restera à faire naître des monstres fabuleux des êtres merveilleux mi-paons mi polycènes
" Ceux-là seront fidèles ceux-là avec leurs ailes chasseront tour à tour tes monstres et monstruosités "
" Je ne vois rien que toi
et les sphinxes - magnifiques
Et j'entends le ruisseau
Et j'entends le silence "
" Va va ne lutte pas contre le silence qui t'apelle
" Je crois déjà sentir dans mon cou les griffes de l'oiseau-lyre Voudrait-il que je couche ici - tout près de toi ? "
Dans la rue, le vacarme habituel. Dans le parc, la petite fille et sa grand-mère qui se
promènent, tranquillement main dans la main ; la petite porte un long manteau rouge assorti à son chapeau de feutre que l'hiver vient tacheter du blanc immaculé de ses flocons. Et la
grand-mère, elle, qui porte son sourire.Un sourire sur un visage décharné. Un sourire radieux - blanc. L'album qu'elle tient sous son bras est vierge - elles veulent le remplir toutes deux. Le
vendeur de marrons grillés envoie sa fumée blanchâtre à travers la rue, on n'y voit
plus. La petite sent la main bien chaude de sa grand mère qui lui a promis une jolie fleur blanche,
blanche comme la neige, pure comme elle. Cette fleur elle la trouve. Elle lui offre, dans sa main gantée, fragile. Elle embrasse sa petite
fille aux yeux rivés sur son nouveau trésor. Celle-là tient sa fleur amoureusement comme elle aurai
tenu une main. La vielle, décharnée -déjà, dans sa douceur,attend un mot léger qui viendrait à ses
oreilles. Mais en regardant son propre trésor elle a vu qu'aucun mot n'aurait su traduire ceux-là,
ceux qui se sont rendus dans un mouvement placide droit à son coeur. Les mots sont bien faibles face au sourire d'un enfant dans un moment decandeur. Tout un visage illuminé. Des yeux qui gouttaient de l'amour, qui
débordaient de feu, qui exhalaient la joie. La neige qui vole. Et le temps ... Il embellit les fillettes Il creuse les vieillards Un jour, il a tant creusé que l'âme de la grand-mère a réussi à
s'envoler
;son corps ne servait plus à rien dès lors ; ce qu'elle avait à faire était ailleurs
sûrement. Plus de sourires, plus de visage, plus de rides... Plus qu'un coffre,
en bois sombre d'ébène, pour contenir un corps sans âme : oui, elle s'en est allée... pour cueillir
ailleurs des roses blanches en plein hiver. La petite avait grandi, ce jour où on a décidé que la carcasse dela grand-mère n'avait plus qu'a
être enterrée, dans ce triste monde froid et sombre où rien ne pénètre plus...enterrée, écartée des vivants, de ceux qui restent et ne savent qu'ils sont là pour sefaire creuser eux aussi,puis
libérer!Ce jour il faisait froid, comme un an auparavant, mais ce jour là il ne neigeait pas.Ce jour
il faisait gris, presque beau. Ce jour, la petite portait la tristesse, enveloppée dans un long manteau de feutre noir. La fleur blanche était remuée par le vent glacé de janvier qui fouettait les visages et
figeait les larmes en perles cristallines sur les joues. La petite avait compris que ce n'était pas sa grand-mère qui était là dans un monstre d'ébène au centre de tous ; elle, elle leva
les yeux vers les nuages moutonneux, doux ... ceux-là qui font pressentir la fin du beau temps, annonçant la neige... Chacun passait, plein de regrets, plein de remords, avec une fleur qu'il lançait dans
le vide ... plein d'adieux, plein de larmes, plein d'amour qu'on avait oublié dire avant de se séparer. La petite fille passa. Elle s'arrêta, regarda sa fleur, blanche. Elle prit un pétale, le
posa dans sa main : c'est le vent qui le prit l'emporta. La petite rit.! Et elle recommença jusqu'à ce que la rose soit nue, que sa beauté soit partie, loin, soufflée par le vent de l'hiver. Ils
s'élevaient, loin, là où une âme errante attendait un sourire, bien loin du gouffre, bien loin du ciel... Elle jeta la tige de la rose, pauvre carcasse, nue, au fond de l'abîme : il était bien
vide- oui- car le ciel était gris. Et elle rit. Il neigeait.
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